Les jambes lourdes

 

1. Rôle du système veineux

Le système veineux a pour mission d’assurer le retour du sang chargé de toxines vers le cœur. Système passif, donc non pourvu d’un dispositif spécifique de pompage (contrairement au système artériel dont la pompe cardiaque initie une certaine pression dans les artères), le système veineux doit vaincre la pesanteur, c’est-à-dire être capable de faire refluer le poids du sang qu’il contient jusqu’au niveau du cœur. C’est pour cette raison que les symptômes perçus lors d’un épisode de défaillance de ce système concerne sauf exception la région des chevilles et des jambes (régions les plus éloignées du cœur).

Le système veineux est constitué d’un double réseau de vaisseaux :

- Un réseau superficiel : souvent visible sous la peau

- Un réseau profond : localisé dans la profondeur des tissus et principalement dans les  muscles.

C’est le réseau veineux profond (celui qu’on ne voit pas) qui assure les 9/10ème du retour veineux jusqu’au cœur, le réseau superficiel n’assurant qu’une faible proportion de la mission !

En effet, l’assistance externe du système veineux est l’activité régulière et répétée des principaux muscles qui ²contiennent² le réseau des veines profondes et assure le rôle de pompe externe. Le déroulement du pied lors de la marche, depuis le talon jusqu’aux orteils, assure aussi une aide efficace au retour veineux.

 

Ce double système est fort heureusement équipé d’un dispositif de clapets anti-retour (valvules) qui permet d’éviter que le sang ne reflue vers les extrémités du réseau veineux.

Lorsque le système veineux normalement assisté par l’aide extérieure de l’activité musculaire n’est pas capable d’assurer de façon convenable sa mission, il en résulte différents signes pénibles dont le plus fréquent est le problème des jambes lourdes.

 

2. Jambes lourdes et insuffisance veineuse

Toute défaillance du système veineux, même très occasionnelle, peut donc être qualifiée d’insuffisance veineuse : le système veineux n’a pas été ²suffisant² pour assurer sa mission durant un laps de temps de durée variable.

Toutefois, il convient de distinguer les insuffisances veineuses dont la cause de la défaillance est une véritable altération du circuit des veines (dégradation de la qualité des parois veineuses, diminution de l’efficacité des clapets anti-retour/valvules), de celles dont  les causes de la  défaillance, le plus souvent à caractère transitoire ou exceptionnelle, sont dues à une accumulation de facteurs pouvant favoriser la survenue de ces troubles, mais sans atteinte avérée des structures constituant le système veineux.

Il ne semble pas exister aujourd’hui de véritable consensus sur les terminologies à utiliser pour distinguer les différentes formes que peuvent revêtir les défaillances du système veineux.

L’une, 'jambes lourdes', utilisée  généralement  par les particuliers désignent plutôt les symptômes perçus habituellement lors d’une défaillance du système veineux, alors que l’autre 'insuffisance veineuse' plus largement utilisée par le corps médical semble désignée davantage la ou les causes, voir les circonstances pouvant être responsables des désagréments engendrés.

  • Jambes lourdes

Il s’agit d’une sensation de lourdeur perçue au niveau des jambes et le plus souvent du mollet ainsi que des chevilles, voir du pied, régions dont les contraintes de la pesanteur s’exercent de la façon la plus manifeste.

Ces symptômes pénibles et douloureux traduisent, dans un contexte de défaillance du système veineux, un dysfonctionnement qui se traduit par l’engorgement (la stase) de sang dans les veines les plus éloignées du cœur. La conséquence est double : une hyper pression dans les vaisseaux veineux faisant souffrir les parois des veines, ainsi qu’une souffrance des tissus drainés de façon insuffisante par la défaillance du système circulatoire. Ces tissus sont les muscles qui vont progressivement se retrouver en état d’asphyxie et se manifester dès lors de façon douloureuse par un état anormal d’hyper activité permanente et non contrôlée : il s’agit de la contracture musculaire.

Il convient de noter que cet enchaînement de causes et d’effets est capable de survenir chez des sujets ne présentant aucune lésion avérée du système veineux, mais d’apparition fortuite liée le plus souvent à une accumulation de facteurs favorisants.

Une définition pragmatique du terme jambes lourdes pourrait être alors, comme proposée par certains auteurs : un état de sensation pénible des jambes (mollets, chevilles), due à une défaillance très occasionnelle de la circulation de retour, sans preuve avérée/diagnostiquée d’une atteinte ou dégradation des structures veineuses et un retour rapide vers une situation normale.

  • Insuffisance veineuse

Les premiers symptômes perçus sont le plus souvent comparables à ceux décrits précédemment. Le plus souvent mais pas toujours, ces signes sont ressentis de manière amplifiée : les sensations de lourdeurs, de douleurs dans les muscles sont souvent plus importantes. A ces signes peuvent s’ajouter d’autres manifestations fréquentes comme l’apparition de varices ou de gonflements (œdèmes) des pieds, des chevilles et des jambes. Un élément souvent révélateur d’une véritable altération du système veineux est la fréquence avec laquelle ces troubles se manifestent, s’ils sont fréquents une « maladie » veineuse doit être suspectée. Le terme insuffisance veineuse pourrait dans ce contexte être utilisé pour désigner une véritable maladie veineuse (dégradation des structures veineuses) dont le degré de sévérité peut bien-entendu être variable et induisant des symptômes pouvant revêtir des aspects différents. L’évaluation de l’état de santé du système veineux ne peut se faire qu’auprès d’un médecin (généraliste ou spécialiste : phlébologue ou angiologue) qui est le seul habilité à établir un diagnostic précis.

 

3. Les varices

Lorsqu’il existe une dégradation du système veineux (parois des veines et mauvais fonctionnement des valvules anti-retour), la première conséquence est une augmentation persistante de la pression sanguine dans les veines. Si ce phénomène est fréquent, répété ou durable, les veines se dilatent de façon préférentielle à l’endroit où leur paroi est fragilisée. Ceci se manifeste par des veines qui apparaissent sous la peau comme gonflées, tortueuses et de couleurs bleuâtre ou violacée. Un autre signe assez fréquent est la douleur d’intensité modérée (due à la dilatation de la paroi veineuse) qui est le plus souvent sensible lorsqu’une pression est exercée sur les localisations des varices (toucher comme en se savonnant, ou simple pression d’un vêtement).

4. Le "gonflement" (œdème)

La constitution des parois des veines est, dans des conditions normales, suffisante pour assurer une imperméabilité parfaite du sang qu’elles contiennent. Lorsqu’en cas de défaillance la pression excessive est très importante ou maintenue et surtout lorsqu’il existe une dégradation de la qualité de ces parois, ces dernières vont laisser filtrer des éléments constituant la partie liquide du sang (pas les globules, molécules de taille bien supérieure constituant la partie solide du sang). Cette situation va alors provoquer une situation de fuite dans les tissus environnants qui se traduira par un gonflement dont le terme médical est œdème.

 

Une complication des insuffisances veineuses à toujours redouter

Dans des cas de dégradation avancée du système veineux, où lors de circonstances exceptionnelles, induisant un état de stagnation durable et important du sang dans les veines, un caillot de sang du à sa coagulation peut se former et dès lors obstruer les veines ou constituer un obstacle majeur à la circulation sanguine, il s’agit alors d’une thrombose veineuse ou thrombophlébite.

L’un des signes très fréquents de cette situation est une vive douleur provoquée dans le mollet par l’exécution du mouvement de ramener la pointe du pied vers le haut (vers le genou en position assise).

Un tel évènement est  toujours susceptible d’avoir des conséquences dramatiques si le caillot ainsi constitué migre dans la tuyauterie veineuse jusqu’à venir bloquer le système cardio-pulmonaire assurant le renouvellement du sang oxygéné : c’est alors une embolie pulmonaire qui est un évènement devant toujours être impérativement traité en toute première urgence.

La thrombose veineuse (thrombophlébite), dont la fréquence n’est pas négligeable, est largement favorisée par certains facteurs aujourd’hui bien identifiés :

- La convalescence d’une opération chirurgicale

- La grossesse

- Les situations médicales ou le repos strict est imposé (allongé ou assis)

- Les voyages aériens de longue durée (> 6 heures)

 

5. Populations les plus exposées

Les troubles du retour veineux sont une affection des plus fréquentes, près d’une personne sur trois en souffrirait. Cependant les femmes sont beaucoup plus fréquemment atteintes que les hommes en raison de la spécificité hormonale féminine.

L’hérédité joue un rôle déterminant : les personnes dont l’un des parents présente des troubles veineux ont un risque accru de souffrir d’insuffisance veineuse. Ce risque est encore plus élevé lorsque les deux parents sont atteints de l’affection.

La grossesse constitue une période de la vie où la femme est particulièrement exposée. On estime que près d’une femme enceinte sur deux souffre d’un dysfonctionnement du système veineux.

L’avancée en âge est comme le plus souvent un facteur qui augmente le risque de souffrir de troubles veineux, cependant ces derniers peuvent apparaître chez des sujets très jeunes, parfois même au moment de la puberté.

6. Les facteurs favorisants

- L’inactivité

o Les situations prolongées en position debout ou assise privent le système veineux de l’assistance externe favorisant le retour du sang veineux (pompe musculaire)

- La chaleur

o L’exposition prolongée à une température élevée augmente la pénibilité du travail du système veineux

- La surcharge pondérale

o Les troubles du retour veineux sont beaucoup plus fréquents chez les personnes présentant un excès de poids

- Le contexte hormonal

o Les femmes sont plus exposées que les hommes, et plus particulièrement lors des jours précédant la menstruation. Certains médicaments et notamment certaines pilules contraceptives orales peuvent aussi favoriser le dysfonctionnement du système veineux.

- L’alimentation

o Les vitamines E, P et C ainsi que le zinc et le sélénium sont des éléments nécessaires à la constitution des parois veineuses. Une alimentation équilibrée est nécessaire et suffisante pour assurer ces besoins.

- Le tabac

o Parmi ses autres méfaits, le tabagisme est un facteur reconnu d’aggravation des troubles du retour veineux.

 

7. Quand consulter un médecin ?

Les troubles occasionnés par une défaillance du système veineux, occasionnels ou durables, touchent une  large partie de la population et sont trop souvent négligés sous le prétexte du caractère bénin très souvent reconnu ou accepté.

Le médecin est seul habilité à établir un diagnostic et à faire un bilan précis de l’état du réseau veineux. Il pourra prescrire le traitement le mieux approprié à chaque cas et vous conseiller sur les mesures bénéfiques à mettre en œuvre.

Le dysfonctionnement du système veineux qui peut parfois avoir des conséquences gravissimes,  peut aussi bénéficier de mesures thérapeutiques permettant de soulager de façon efficace les manifestations pénibles ainsi que de prévenir ou ralentir leur aggravation.

Il est nécessaire de consulter un médecin dans tous les cas suivants :

- Douleur aigüe dans le mollet lors du mouvement de remonter la pointe du pied

- Lorsque les troubles sont fréquents ou persistants

- Douleur du mollet dans des contextes de grossesse, convalescence d’une opération chirurgicale, immobilité prolongée, jours suivant un voyage aérien de longue durée

- Gonflement des chevilles et des jambes

 

8. Que faire par soi-même ?

La consultation préalable auprès d’un médecin est toujours indispensable pour établir un bilan précis des troubles circulatoires et mettre en place les moyens les mieux appropriés pour en soulager et prévenir les symptômes.

 

  • Diminuer les risques

Certaines dispositions bénéfiques peuvent être adoptées par chacun afin de réduire les facteurs favorisants les épisodes de troubles du retour veineux :

- Avoir une activité physique régulière :

La sédentarité nuit à la qualité des muscles qui constituent l’aide la plus efficace du système veineux. Pratiquer une activité physique ou sportive permet d’entretenir une musculature en bon état  lui permettant d’assurer efficacement cette mission. La marche est une activité extrêmement bénéfique pour réduire les risques d’insuffisance veineuse. L’électrostimulation est également une technique efficace pour assurer un entraînement musculaire efficace.

- Eviter la position assise et le piétinement prolongés

Lorsque ces situations durent longtemps, le système veineux est privé de ses deux alliés : les contractions musculaires et le déroulement de la voute plantaire sur le sol. Lorsque de telles situations sont inévitables : environnement professionnel, transport etc, il est fortement recommandé de marcher quelques minutes à intervalle régulier (toutes les deux heures par exemple) afin de limiter ces circonstances au maximum.

- Eviter le port de talons hauts

Les contractions des muscles du mollet qui sont le plus puissant secours au retour veineux sont beaucoup moins efficaces lorsque le pied est chaussé avec des talons d’une hauteur excessive. En fonction des caractéristiques de chaque individu, des chaussures plates ou avec un talon bottier ne dépassant pas 2 à 3 centimètres de hauteur doivent être privilégiés.

- Limiter les expositions des jambes à la chaleur

Les séances de bronzage prolongées, les bains ou douches trop chaudes, les épilations à la cire chaude, le chauffage par le sol d’ancienne génération sont des circonstances qui favorisent les troubles du retour veineux et doivent être évités autant que possible.

- Cesser de fumer, éviter la surcharge pondérale, avoir une alimentation équilibrée

Il existe aujourd’hui des aides efficaces pour combattre ces situations. Votre médecin est votre meilleur conseiller et pourra vous assister dans les démarches visant à réduire ces circonstances néfastes pour la circulation veineuse.

  • Soulager les symptômes

Qu’elles soient occasionnelles, fréquentes ou permanentes les manifestations douloureuses ou pénibles de lourdeurs dans les jambes peuvent être soulagées au moyen de différents moyens :

o Surélever les jambes

Lorsque les jambes sont placées plus hautes que le tronc comme lorsqu’on s’allonge avec les jambes surélevées, l’effet de la pesanteur devient alors favorable au retour veineux. Le soulagement ainsi obtenu se manifeste en général après une vingtaine de minutes pendant laquelle cette position est maintenue. La surélévation d’une dizaine de centimètres des pieds du lit est également une stratégie recommandable lorsque qu’il n’existe pas de troubles cardiaques associés.

o Marcher

La marche est l’activité naturelle qui impose des contractions régulières et répétées des muscles des jambes ainsi que le déroulement du pied sur le sol, ces deux phénomènes constituent la meilleure assistance du système veineux. Vingt à trente minutes de marche suffisent le plus souvent à faire disparaître toute sensation de jambes lourdes.

o L’électrostimulation neuromusculaire

Réalisée avec du matériel de qualité, cette technique s’avère extrêmement efficace pour soulager les symptômes de jambes lourdes. En effet, elle permet d’additionner les bénéfices de la position avec les jambes surélevées avec ceux des contractions musculaires. Les séances visant à induire l’activité des muscles du mollet se feront de façon préférentielle en position allongée avec les jambes surélevées.

o Appliquer une source de froid

L’application de froid permet de soulager les sensations douloureuses de jambes lourdes. Ceci peut être réalisé au moyen d’un jet de douche ou avec des dispositifs permettant d’appliquer une température fraîche de façon durable. Une température trop basse comme la glace ne doit jamais être appliquée directement sur la peau.

o Les massages

A condition qu’ils soient réalisés dans le sens du retour veineux, depuis les pieds vers les genoux puis les cuisses, les massages représentent une technique efficace pour soulager les sensations douloureuses de jambes lourdes. Les massages manuels réalisés par un masseur-kinésithérapeute sont les plus efficaces. Certains dispositifs permettent néanmoins de reproduire certaines manœuvres du massage manuel et présentent l’intérêt de pouvoir être réalisé par soi-même.

o La pressothérapie

Cette technique consiste à appliquer de façon rythmée des pressions au niveau des pieds et des jambes ; ou des pieds, des jambes et des cuisses. La pression exercée est en principe progressivement décroissante depuis le pied vers le genou ou la cuisse. Le matériel utilisé doit toutefois être de qualité pour apporter les bénéfices escomptés.

o Les moyens de contention

Des chaussettes, des bas ou des collants qui assurent une pression constante et décroissante depuis le pied vers le genou ou la cuisse sont des moyens efficaces pour prévenir le risque d’apparition de phénomènes douloureux chez les personnes présentant une insuffisance veineuse diagnostiquée ou lors de situations exposant aux problèmes veineux : grossesse, voyage aérien de longue durée…

  

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